Observatoire des Rythmes et des Temps de vie des Enfants et des Jeunes

Par Yvan TOUITOU

La bonne santé de l’enfant et de l’adolescent est tributaire du respect de ses rythmes biologiques qui dépendent eux-mêmes de la régularité d’exposition aux facteurs de l’environnement (jour, nuit). Ce cadre régulier de vie est donc un facteur clé de bonne santé et de réussite des jeunes.Retour ligne automatique
Or, il se trouve que les jeunes s’exposent de façon inconsidérée à la lumière artificielle, y compris tard la nuit, ce qui entraîne d’une part une baisse considérable de la sécrétion de mélatonine, une hormone impliquée dans le sommeil et d’autre part, une désynchronisation de l’horloge interne. De plus, les enfants et adolescents sont grands consommateurs de média électroniques comme les smartphones, tablettes, ordinateurs qui sont tous émetteurs de lumière bleue. La raie bleue du spectre lumineux, même si elle paraît de faible intensité, est la plus toxique à la fois pour l’œil et pour l’horloge biologique car c’est la bande la plus énergétique du spectre de la lumière. La désynchronisation avec retard de phase qui résulte de l’exposition nocturne à la lumière est liée à une horloge qui ne comprend plus les messages jour-nuit de ses repères environnementaux habituels et donc ne contrôle plus (ou contrôle moins bien) divers aspects de la rythmicité circadienne. Retour ligne automatique
Quelle qu’en soit l’origine, la désynchronisation se manifeste par des symptômes cliniques atypiques tels que fatigue persistante, troubles du sommeil pouvant aboutir à une insomnie chronique, troubles de l’humeur pouvant conduire à une dépression, troubles de l’appétit, diminution des performances cognitives et physiques et de la vigilance, etc. Retour ligne automatique
Le sommeil est un élément structurant essentiel des rythmes biologiques. La recommandation d’une moyenne de 9 heures de sommeil par nuit jusqu’à l’adolescence, et de 8 heures ensuite, est rarement suivie par un grand nombre d’enfants et d’adolescents. En effet, chez les adolescents, très amateurs d’écrans variés, y compris tard le soir, le retard de phase de l’horloge est souvent associé à terme à une dette de sommeil retrouvée chez 30 % des 15-19 ans. Plus de 12 % se plaignent d’insomnie chronique à l’origine de troubles préjudiciables à leur santé et d’une désynchronisation appelée « jet lag social », car l’horloge n’est plus en phase avec la vie sociale. Cette privation de sommeil entraîne des désordres notables qui se manifestent par une fatigue et une somnolence diurne unanimement remarquées dans les établissements scolaires, des troubles de l’humeur, des perturbations métaboliques, une dégradation de l’appétit, voire des troubles neurocognitifs avec diminution de la vigilance et de l’attention. Retour ligne automatique
Toute situation matérielle favorisant cette appétence pour les médias électroniques et la sédentarité qui y est associée est à prendre en considération pour tenter d’y pallier. Le confinement est une de ces situations à laquelle les parents doivent porter attention pour tenter de la régler en bonne intelligence avec l’enfant.

 

Yvan TouitouRetour ligne automatique
Professeur émérite Université Pierre et Marie Curie, ParisRetour ligne automatique
Chronobiologiste, Membre de l’Académie de MédecineRetour ligne automatique
Président hon. de l’Académie de Pharmacie

yvan-touitou chez chronobiology.fr