Observatoire des Rythmes et des Temps de vie des Enfants et des Jeunes

Par Daniel ALAPHILIPPE

Le confinement est présenté par les épidémiologistes et nos élus comme étant la solution pour lutter contre une épidémie virale. Soit, faisons confiance puisque de toute façon nous n’avons pas le choix. Quant aux coûts et bénéfices réels ils ne pourront être analysés par les démographes et statisticiens que dans plusieurs mois quand leurs conclusions n’intéresseront plus grand monde.Retour ligne automatique
C’est ici l’occasion de quelques rappels à propos des effets de la présence d’autrui décrits depuis plus d’un siècle par les psychosociologues. Certes l’enfer ce peut-être les autres, mais encore que se passe-t-il dans nos fonctionnements physiologiques, psychologiques et sociaux lorsque nous somme mis en présence d’autrui unique ou multiples ou privés de cette présence ?Retour ligne automatique
Dès 1898 l’américain Norman Triplett démontrait expérimentalement que des enfants auxquels on demandait d’enrouler des moulinets de canne à pêche le plus vite possible, étaient plus rapides en présence d’autres enfants que s’ils étaient seuls. Cet effet fut dénommé facilitation sociale par Robert Zajonc. Celle-ci se traduit par le fait que pour certains types de tâches les individus sont plus performants en présence d’autrui. Ces résultats se retrouvent chez l’animal, du poisson à l’écureuil.Retour ligne automatique
A l’inverse, la présence d’autrui peut aussi entraîner une désorganisation de certains comportements dans des tâches complexes ou celles qui impliquent des apprentissages. Ce dernier auteur propose une conception de ces phénomènes en termes d’élévation du niveau d’activation physiologique. Un niveau élevé d’activation aurait un effet facilitateur sur la performance, reproduction de tâches préalablement maîtrisées, et inhibiteur sur l’acquisition de nouvelles tâches ou apprentissage. Autrement dit : il vaut mieux apprendre isolé et performer en public.Retour ligne automatique
Qu’en est-il des conséquences éducatives et notamment en période de confinement ? Une première vue rapide remarquera que le confinement facilite l’apprentissage et que le regroupement d’apprenants n’est pas la panacée. Mais on conviendra aussi que le confinement n’est pas l’isolement. Les familles peu nombreuses qui disposent d’un espace suffisant pour que chacun puisse s’isoler, sont grandement favorisées par rapport à celles qui sont regroupées nombreuses dans un espace étroit. Ces dernières constituent le pire des milieux pour apprendre et souvent celles qui sont les plus socialement défavorisées.Retour ligne automatique
Par ailleurs tout travail pédagogique implique des phases d’apprentissage et des phases de performance. Chacun sait qu’il y a un temps pour apprendre et un temps pour manifester son savoir et exercer ses compétences. Le confinement risque de priver l’élève du temps nécessairement collectif de manifestation de son savoir. Ce dernier est associé au jugement d’autrui, à la confrontation à l’autre, voire à la compétition.Retour ligne automatique
Il importe que les modalités d’enseignement à distance prennent en compte ces fonctionnements psychologiques de base pour assurer un maximum d’efficacité à la relation pédagogique…ce qui est tout aussi vrais pour l’enseignement traditionnel !Retour ligne automatique
En revanche, pour les raisons qu’on vient de voir entre autres, on peut réellement craindre un véritable accroissement des inégalités sociales dans l’éducation entraîné par le confinement.

 

Daniel AlaphilippeRetour ligne automatique
Professeur retraité de Psychologie socialeRetour ligne automatique
daniel.alaphilippe chez sfr.fr